« Un jour, je ferai un saut en parachute« . « Je ferais bien le tour du monde avec un sac à dos ». « Je m’inscrirais bien à Koh Lanta ». « Je démissionne et je vais élever des chèvres dans le Larzac ». Est-ce que, vous aussi, vous en sortez souvent des phrases à la con, comme ça ? Moi, oui. Le problème, c’est lorsque l’on vous prend au mot. Heureusement, personne ne m’a inscrite à Koh Lanta (je ne tiendrais pas deux jours. Non, pas 24 heures). Faire le tour du monde avec un sac à dos et des jumeaux d’un an, cela paraît compliqué. Et les chèvres, le Larzac, ok, mais avec le Wifi et des indemnités chômage.

Saut en parachute au Skydive de Roanne

Bref. Pour mes 30 ans, on m’a offert un « bon pour un saut en parachute« . C’était fin novembre. Je prends donc rendez-vous au Skydive de Roanne (pourquoi Roanne ? Car il n’y a plus de sauts en parachute en tandem à Lapalisse, d’où je suis originaire) pour dimanche 10 avril 2016 (les sauts ne recommencent qu’au début du printemps). Encore faut-il que les conditions météo soient réunies, pas de pluie et vents favorables. En l’occurrence, en ce dimanche matin, le temps est magnifique. Je vais donc sauter en parachute. En tandem, c’est un baptême.

J’ai donc bien rempli mes papiers comme il faut. Je n’ai pas eu d’AVC ces derniers temps ni subi une opération du cœur. Je ne fais pas plus de 90 kg et je n’ai pas plus de 65 ans. Cool, je n’ai pas besoin de certificat médical. Et aucune raison de ne pas sauter, si ce n’est la trouille.

« Vous sautez dans 45 minutes »

La trouille, jusque là, tout va bien. Nous arrivons à l’aérodrome de Roanne à 10 heures. Je demande à quelle heure je vais passer. « Vous serez dans le premier avion, donc dans 45 minutes », me répond-on. En effet, quatre avions, chargés de trois tandems, vont décoller à vingt minutes d’intervalle chacun.

C’est parti pour un petit briefing de dix minutes. Un moniteur explique à la douzaine de futurs-néo-parachutistes quelques gestes de base, comme tenir la tête en arrière dans les airs, ou la façon de « replier les jambes sous l’avion » une fois que la porte de celui-ci est ouverte et que vous vous apprêtez à faire le grand saut.

Mon moniteur, c’est Hervé. Bonjour, tu fais quoi dans la vie, ça va bien  se passer. Sympa, Hervé. Il me harnache donc. Je trouve l’attirail beaucoup trop lâche, mais apparemment c’est normal. Puis direction le tarmac et le petit avion qui va nous lâcher à 3300 m d’altitude. Un garçon de 18 ans pas très rassuré et une maman de 40 ans particulièrement stoïque s’apprêtent également à effectuer leur baptême de parachute. Les deux premiers duos prennent place sur un petit banc au fond de l’avion. Puis le pilote monte. Et c’est enfin notre tour. Nous prenons place par terre, assis juste devant la porte coulissante qui va s’ouvrir, tout là-haut.

T’as peur en parachute ?

Jusque là, tout va bien. Nous commençons à prendre de l’altitude et admirer le paysage. Le temps est toujours magnifique, et nous voyons les champs verdoyants s’éloigner petit à petit. « Nous sommes à 1500 m, c’est à cette altitude que le parachute va s’ouvrir », m’explique mon moniteur. « Mais c’est beaucoup trop bas ! », m’inquiétais-je, en distinguant beaucoup trop bien les habitations à mon goût.

2000 m. Il est temps de mettre les lunettes (bien serrées pour que l’air ne passe pas, car je porte des lentilles de contact). Et de resserrer d’un (gros) cran les brides qui me relient à mon moniteur. Ce dernier ne manque pas de remarquer que je vérifie chacun de ses gestes. Oui, la pression commence à monter sérieusement.

40 secondes de chute libre

3300 m. Nous y voilà. La porte s’ouvre. Le vent s’engouffre dans le petit habitacle de métal. Et là, j’ai peur. Très peur. La trouille de ma vie. Parce que je pourrais dire « franchement, tranquille, attends, je veux dire, le parachutisme, c’est vachement plus sécure que le ski ou l’équitation », mais non. Tu es sur le point de te jeter dans le vide, harnachée à un mec que tu ne connais pas, aussi pro soit-il. T’as aucune raison de te suicider, t’es encore jeune, tout ça, tout ça…

On saute. Je hurle. Le vent exerce une telle pression que je n’arrive pas à respirer. Je suffoque. Respire par le nez, respire par le nez (oui, on nous l’a dit au briefing). Je n’y arrive pas. Mais quelle sensation ! Jamais je n’ai ressenti cela de ma vie. Tu te sens comme… dans l’espace. Et, je ne sais pas si c’est un ressenti ou une réalité, mais tu as l’impression de tomber en pirouette. Et finalement, c’est plus cette sensation-là que la chute libre en elle-même (200 km/heure tout de même) qui est déroutante. Je tente un vague coucou à la caméra. Pas très naturel.

Le choc. L’impression de remonter d’un coup. Le parachute s’est ouvert. (En fait, tu ne remontes pas, tu décélères brusquement).  Là, tu arrives à penser à la fois : « ouf ça a marché », et « merde, c’est déjà fini ». Car la chute libre ne dure que 40 secondes. Mais il n’existe aucune notion de temps dans ces conditions. Je respire de nouveau. Hervé me passe les commandes, me propose de tourner. Oui, mais pas trop, je ressens comme une légère nausée.

Génial mais… trop court !

Nous commençons à distinguer les spectateurs sur le tarmac. Mais je ne reconnais pas encore mes proches. Nous ne sommes plus qu’à 500 m d’altitude. Mon moniteur m’explique qu’il faut bien lever les pieds et courir lorsque ceux-ci touchent le sol. Voilà. Nous arrivons tout en douceur. En tout, moins de dix minutes se sont écoulées depuis le saut de l’avion. Une broutille ou une éternité, c’est selon.

Bilan ? Génial mais trop court. Je recommencerais volontiers pour éviter d’oublier de respirer pendant la chute libre !