Aujourd'hui, l'ancienne villa de Jacques Majorelle accueille un musée berbère.
Aujourd’hui, l’ancienne villa de Jacques Majorelle accueille un musée berbère.

C’est l’histoire d’un jardin extraordinaire qui a bien failli disparaître. C’est l’histoire d’un jardin rêvé par un peintre, qui lui a consacré toutes ses forces et toute sa vie. C’est l’histoire du jardin Majorelle, qui porte le nom de son créateur, l’artiste Jacques Majorelle.

Un tableau indescriptiblement beau

Le jardin Majorelle, à Marrakech, est une étape incontournable pour les touristes, qui, aujourd’hui, viennent par cars entiers le visiter. D’un côté, on les comprend. De l’autre, on aimerait tellement être seuls dans ce demi-hectare de végétation luxuriante, situé au coeur du Guéliz, quartier européen de Marrakech excentré du centre-ville.

Il est aussi difficile de décrire, en mots, le jardin Majorelle que d’expliquer un tableau à qui ne l’a pas vu. 300 espèces de plantes, des bougainvilliers aux cactus, en passant par les jasmins, gougères arborescentes, palmiers et autres bambous (où les amoureux ont coutume de graver leurs initiales) encadrent les allées dans lesquelles déambulent les visiteurs. Des fontaines, sur les eaux desquelles sont posés des nénuphars, jalonnent votre parcours.

A coeur du jardin Majorelle, une bâtisse à l’architecture cubo-arabo-andalouse (si, si), ancien atelier du peintre, colorée en un bleu profond. Le bleu Majorelle, créé par le peintre en 1937. Une teinte que l’on retrouve sur les murs, les fontaines, les jarres ou encore les pergolas du jardin botanique.

Un jardin impressionniste au coeur de Marrakech

Mais c’est dès 1919 que Jacques Majorelle s’installe définitivement à Marrakech, séduit par les couleurs extraordinaires de la cité marocaine et les « souks éclaboussant de vie féconde et heureuse ». Il crée, autour de sa maison, ce qui deviendra « le jardin Majorelle » en 1931. Il passera 40 ans de sa vie à l’enrichir, à dénicher des espèces de plantes tout autour du monde pour en faire un « jardin impressionniste ».

Un jardin toutefois chronophage, à l’entretien dispendieux dont Jacques Majorelle devra se séparer à la fin de sa vie. Entre temps, il aura eu à le morceler suite à son divorce en 1956 et l’ouvrir au public pour pouvoir le financer. Il y laissera de nombreuses forces et mourra en France en octobre 1962, suite à deux graves accidents. Sans revoir Marrakech.

Yves Saint-Laurent et Pierre Berger sauvent le jardin Majorelle d’une mort certaine

A la mort du peintre, le jardin Majorelle tombe à l’abandon. Mais en 1966, le couturier Yves Saint-Laurent et l’homme d’affaires Pierre Berger découvrent ce lieu magique au cours de leur premier voyage à Marrakech. Ils en tombent amoureux. Et le rachètent en 1980 pour le sauver d’un projet de complexe hôtelier. Ils entreprennent d’importants travaux de restauration pour rendre au jardin ses lettres de noblesse.

En 2008, Yves Saint-Laurent s’éteint. Ses cendres sont alors dispersées dans le jardin Majorelle, où un mémorial, une vraie colonne romaine ramenée de Tanger, rappelle que son empreinte, est, ici, indélébile. Au rez-de chaussée de la villa, un musée berbère a ouvert ses portes en 2011. La galerie Yves Saint-laurent, quant à elle, accueille les modèles de cartes postales que le couturier créait et envoyait lui-même chaque année.

Aujourd’hui, le jardin Majorelle accueille pas moins de 600 000 visiteurs par an. Frustrant, car on voudrait y être seul. Mais indispensable à sa survie.