Le Palazzo Vecchio
Le Palazzo Vecchio

Très chère Florence,

Cela faisait si longtemps que je rêvais de te rencontrer, Ô toi, capitale toscane de la Renaissance italienne. J’ai beaucoup entendu parler de toi. Quelle réputation !  J’ai lu à ton sujet que ta beauté éblouissante donnait des vertiges à ce pauvre Stendhal.  Certains disent aussi que tu abrites la moitié des oeuvres d’art d’Italie. Une opulence que tu dois à ta famille de mécènes, les Médicis. Il faut reconnaître que tu sais t’en souvenir.  L’Unesco aussi, puisqu’elle t’a inscrite au patrimoine mondial de l’humanité.

Bref, ma chère Florence, j’avais beaucoup d’attentes par rapport à notre premier rendez-vous. Trop peut-être ? Trop sans doute. Il faut dire que la date de notre rencontre était mal choisie. Un caniculaire vendredi de juillet, sur les coups de 14 heures. Nous nous étions donné rendez-vous  autour d’un infâme sandwich, dans lequel on a bien voulu nous faire croire que le « prosciutto » et la mozzarella en étaient les ingrédients principaux. Tu m’as vraiment prise pour une touriste. Souviens-toi, nous étions tout près de l’église San Lorenzo, que nous avons voulu visiter. C’est là que tu m’as dit que l’entrée était payante. Je m’en suis insurgée, puisque tu vis dans un pays, l’Italie, où l’entrée des lieux saints est presque toujours gratuite. Premier clash. Je n’allais pas tarder à découvrir ton côté si vénal.

Chère Florence, ton Duomo manque de beauté intérieure

Nous nous sommes ensuite rendues au duomo, ton centre névralgique, ton atout séduction. Il faut dire qu’elle ne manque pas de charisme, ta cathédrale Santa Maria del Fiore avec ses 114 m de hauteur et ses mensurations exceptionnelles. Le problème, c’est que je n’étais pas la seule à vouloir découvrir cet aspect de toi. Il semblerait que ton duomo plaise aux Japonais.

Repasserè-je plus tard ? Non, le problème sera le même. C’est alors que tu m’as proposé d’acheter un ticket groupé, pour visiter également ton campanile (6 euros), ta coupole (8 euros) et ton baptistère (4 euros). Nous venons juste de faire connaissance, et tu me réclames déjà un peu trop d’argent, je trouve. Je me contenterai de faire la queue pour découvrir le duomo. Beaucoup moins apprêté que son extérieur le laissait paraître. Après plusieurs jours à écumer les très ornementées églises et cathédrales d’Italie, je deviens sans doute un peu difficile.

Certes, ma chère Florence, c’est souvent par tes musées que tu séduis les visiteurs.  A commencer par ta Galerie des Offices, ses 50 salles exposant des tableaux peints entre le XIIIe et le XVIIIe siècles, ou ta Galerie de l’Académie, où vit notamment le célèbre David de Michel-Ange.

Mais j’ai préféré aller rendre visite à ton ami Arno, le fleuve. Je crois que c’est cet ami que j’ai préféré chez toi. Lui et son Ponte Vecchio, dont on m’avait si souvent vanté les charmes. A juste titre. Il est si séduisant avec ses dizaines de bijoutiers qui bordent son passage. Il faut dire que j’ai rencontré Arno à l’heure d’or, comme dirait Sophie, mon amie photographe du Sud du Pôle Nord. Franchement beau gosse.

Fourbus, nous cherchons un parc où nous poser. Tu n’en manques pas. Mais même pour quelques instants de farniente au vert, tu m’as réclamé encore une dizaine d’euros, que ce soit pour ton jardin de la villa Gamberaia ou ceux de Boboli.  Je ne doute pas de leur beauté, mais j’ai dit non.

Vénale Florence !

Ma chère Florence, il te faudra comprendre que ta cupidité risque de dissuader même tes plus fervents admirateurs de venir te visiter. Il faudra que tu comprennes que tu ne peux pas te reposer sur les lauriers de ta glorieuse histoire, sur ta prestigieuse lignée. Tu es devenue une fille à papa Médicis à qui tout est dû.

N’oublie pas que tes copines italiennes, moins prétentieuses mais parfois tout aussi prestigieuses, raquettent beaucoup moins ceux qui viennent à leur rencontre. Prends exemple sur Vérone, en Vénétie, qui sait encore séduire ses visiteurs sans pour autant oublier ceux à qui elle doit sa gloire, Roméo, Juliette et Shakespeare. Ou encore sur Bologne, moins réputée, mais si accueillante avec ses arcades, ses restaurants et sa douceur de vivre.

Attention ma douce Florence, j’hésite à revenir te voir.