La classe d'accueil compte 24 collégiens, aux histoires, aux personnalités et aux nationalités différentes.
La classe d’accueil compte 24 collégiens, aux histoires, aux personnalités et aux nationalités différentes.

Demain mercredi, sort dans les salles obscures le documentaire « La Cour de Babel », de Julie Bertucelli. La réalisatrice a suivi, pendant un an, le parcours des collégiens d’une « classe d’accueil » du collège de la Grange-aux-Belles, dans le 10e arrondissement de Paris. Un dispositif formidable, qui permet à de jeunes immigrés arrivés en France depuis peu de passer un an ou plus dans cette classe destinée à leur faire apprendre le français, et, par conséquent, à les aider à s’intégrer.

Pendant une heure et demie, nous voilà donc plongés dans ce petit monde cosmopolite, où chaque élève est arrivé avec une histoire souvent difficile et une origine différente : un jeune Serbe juif fuyant les néonazis de son pays, un Islandais venu avec sa mère et ses deux frères en France, un jeune dont les parents sont diplomates, une Sénégalaise qui a rejoint sa mère en France car elle était maltraitée dans son pays, une jeune Ukrainienne qui se rêve chanteuse, une petite Chinoise qui a été séparée de sa mère pendant dix ans, un garçon espagnol qui a suivi sa maman en France venue, elle, par amour, ou encore cette jolie Egyptienne contrainte de quitter ses camarades en cours d’année pour rejoindre Verdun, où un appartement l’attend elle et sa famille.

En France pour « faire un futur »

Autant de parcours de vie dévoilés au fur et à mesure du film, au gré des cours, des rencontres parents-profs, et des dialogues parfois émouvants et souvent drôles, évitant l’écueil des bons sentiments à tous les étages. Un documentaire rafraîchissant, un brin utopique, qui raconte les joies et les désillusions de ces adolescents que leur passage dans cette classe d’accueil aura soudés à jamais. Ces adolescents qui croient en « un avenir meilleur », qui veulent « devenir libres » ou « faire un futur » et qui croient bien plus que les Français eux-mêmes aux idéaux républicains de la France. Le tout sous la houlette d’une prof de français pédagogue, douce, compréhensive, mais un peu caricaturale, Brigitte Cervoni.

Certes, on peut regretter certains clichés en termes de mise en scène, comme les gros plans perpétuels sur les visages des enfants pour mieux filmer leurs émotions, ou la cour de l’école filmée au fil des saisons pour représenter l’année qui s’écoule. Mais ces petits faux pas sont vite balayés par la drôlerie et la justesse de certains dialogues, comme lorsque cette jeune Noire raconte qu’elle va un jour à la mosquée, le lendemain à la messe, ou que « toucher un Coran ça va pas te brûler les doigts ». A conseiller à tous les bleus marines de France et de Navarre.