Un resto dépaysant, au coeur
du 5e arrondissement de Lyon !

Je ne suis jamais allée en Russie. La Russie, pour moi, ce sont des noms, propres ou communs. Pêle-mêle : Perestroïka, Poutine, Dostoïeveski, Kremlin, vodka, Gorbatchev, Vladivostok, Pravda… C’est aussi désormais un restaurant : la Sainte-Russie.

Ok, ils ne se sont pas cassés la tête sur le nom. Mais je n’ai pas trouvé mieux, à Lyon, pour m’offrir un voyage au-delà de l’Oural pour moins de 40 euros par tête (et accessoirement, cela change des bouchons, des quenelles et du côte du rhône). De l’extérieur, l’établissement ne paie pas de mine. Situé rue Juiverie, près de la gare Saint-Paul, la devanture n’est qu’une modeste vitrine. Mais franchir cette porte, c’est passer une frontière. Bienvenue dans une Russie idéalisée, où une serveuse en costume traditionnel vous accueille, avec un accent charmant qui trahit ses origines slaves.

Vous descendez d’un étage, et pénétrez dans la salle de restaurant de la Sainte Russie ou rien n’a été laissé au hasard : voûtes peintes d’un rouge qui vous prouve que vous êtes dans la Place, musique traditionnelle, nappes d’un autre âge, chandeliers allumés…

La Russie dans l’assiette, le verre et les oreilles

Vient alors le moment de commander. Allez, une vodka en apéro (j’aime les clichés, je milite pour les clichés). Ouh là, la carte en propose au moins cinq ou six sortes. Devant ce choix cornélien, je vais opter pour l’apéritif maison, le cocktail Ataman… à base de vodka.

Le menu découverte me fait ensuite de l’oeil, oeil qui, je le sais, sera plus gros que mon ventre. Menu Cosaque, à base de viande, ou menu Baltika, composé de différents poissons ? Allez, va pour le menu Cosaque. On est pas là pour rigoler. Assortiment de charcuteries russes + chachlyk (ce sont des brochettes de porc mariné) + brochette de viande hachée aux épices du Caucase + grillade de poulet + farandole (folle farandole) d’accompagnements (on y trouve des patates et des patates, bien sûr). Le tout pour 30 euros.


Alors que je m’apprête à demander quelques précisions sur ce menu, voilà que les serveurs se sont mués en musiciens d’un groupe folklorique traditionnel ! L’équipée déambule dans le restaurant Sainte-Russie, gratifiant chaque tablée de mélodies-que-vous-connaissez-forcément-même-si-bon-vous-avez-oublié-le-titre-c’est-normal-c’est-du-russe. Y’a des lalala, des Katiusha, des Pétrouchka. En vrai, c’est beau, très beau. Violon, guitare, contrebasse et chanteur à la voix grave doté d’un sacré coffre – mais quel coffre ! – transforment ce qui devait être un simple resto en un voyage au cœur de la Russie traditionnelle.

Malgré la musique et l’ambiance, évidemment, je n’ai pas fini mon assiette (les proportions sont probablement pensées pour affronter des froids sibériens. Sauf que là nous sommes au mois de juin, à Lyon). J’ai glissé discrètement quelques morceaux de viande dans l’assiette de Monsieur Wohdrey, ni vu ni connu. Il a tout mangé. Il faut dire que c’est bon, vraiment bon.

Une vodka offerte « à vos risques et périls »

Pour faire passer le tout, je me dis qu’un petit gâteau au pavot et une petite vodka ne peuvent décemment pas faire de mal. A peine le temps de passer commande que le serveur – affublé d’un costume de militaire russe, kalachnikov à la main, le mec pas commode, quoi – demande une fille volontaire pour se voir offrir une vodka, « à ses risques et périls » (je cite).

Et je ne sais pas pourquoi j’ai voulu faire la maligne car 1. je ne tiens pas l’alcool et 2. je n’étais attablée qu’avec Monsieur Wohdrey, donc je n’avais pas à épater la galerie (du moins pas comme ça), mais je me suis portée volontaire. Et me voilà installée au beau milieu du restaurant, sur une chaise, sous le regard amusé des autres clients. Oh my God ! Voilà qu’on me place un sabre sous le cou, le shooter de vodka posé dessus. Si je comprends bien, je suis censée boire cul-sec le contenant (le faux militaire faussement pas commode se chargeant de veiller au grain) ? Ah c’est bien ça. Allez. C’est passé. Mais ça brûle un peu la gorge, quand même ! C’est que je n’ai pas de sang russe, moi !

Je regagne ma chaise, et me rends compte que finalement, je ne m’en suis pas si mal tirée. En effet, le volontaire kamikaze suivant a eu droit à la kalachnikov en verre, remplie de vodka, qui décharge une grosse dose d’alcool dans le gosier. Une autre victime consentante s’est vu porter sur l’épaule d’un serveur en uniforme, contrainte de boire de  la vodka à coups de louche… Applaudissements et fous rires dans la salle.

Puis, violons, guitares et chants traditionnels russes tziganes reviennent, joués par ces serveurs-orchestres de haut vol. Comme si de rien n’était. « C’était calme, aujourd’hui », nous confie un des serveurs, le plus sérieusement du monde, en train de fumer sa cigarette dehors, lorsque nous avons quitté les lieux. Ah bon ? Savent mettre de l’ambiance, les Russes !

Crédit photo : Facebook la Sainte-Russie