Le Ventoux, un paysage lunaire surprenant au coeur de la Provence...
Le Ventoux, un paysage lunaire surprenant
au coeur de la Provence…

En presque trois décennies passées sur notre bonne vieille Terre, je n’avais jamais pris une journée pour une virée sur la Lune. Erreur réparée en cette fin d’été, où nous sommes partis à l’assaut du Mont Ventoux… en voiture. Quelle étrangeté, cette montagne énorme, qui se dresse crânement en plein coeur du Vaucluse, en Provence ! Son sommet, d’une blancheur presque immaculée, est coiffé de son antenne de télédiffusion, qui élève le tout d’encore 42 m – une construction Le Ventoux;,digne des plus affreuses constructions soviétiques !

Le Ventoux, 21 km et 1911 m d’ascension dans la douleur

On le voit de loin, le Géant de Provence. C’est au village de Bédoin que vous commencez l’ascension des mythiques 21,6 km. Petit à petit, les hectares de vignes et les jolies maisons en pierre se raréfient. Les virages s’enchaînent, deviennent des épingles, et les pourcentages grimpent, grimpent, inlassablement. Sur chaque borne kilométrique, est indiqué le kilométrage, donc, et le pourcentage de la pente. Des pourcentages souvent à deux chiffres, qui décourage plus d’un cycliste.

Car mettons tout de suite les choses au clair : humainement, grimper le Ventoux à vélo, c’est impossible. Bon, certes, je suis de la race de celles pour qui la montée de la Croix Rousse, à Lyon, apparaît insurmontable. Mais quand même. Cela donne envie de militer pour l’usage systématique de l’EPO ou l’insertion obligatoire d’un petit moteur dans le cadre du vélo. Vraiment. Pourtant, enfant, je me souviens que je ne comprenais pas pourquoi les journalistes nous rebattait les oreilles du « mythique mont Ventoux« . Moins de 2000 m (1911 m, pour être précis), ça doit bien pouvoir s’avaler, pour peu qu’on soit un peu entraîné !

En fait, j’ai compris ma douleur. Enfin la leur. Et celle de tous ces cyclistes, de tout âge, qui affrontent ce diabolique Ventoux et ses pentes démentielles. Mâchoire crispée, visage fermé mais bouche ouverte, chaque homme lutte tellement que sa machine zigzague, tangue. On est loin de la balade de santé d’un Lance Armstrong ou d’un Chris Froome !

Etrange hommage à Tom Simpson…

Et vient le 15e km. A 1440 m d’altitude, cyclistes, motards, mais aussi simples touristes comme nous s’arrêtent à l’incontournable chalet Reynard. Plus que 500 m à grimper. Encore 500 m à grimper. Les derniers kilomètres ne sont pas les moins terribles. La végétation a totalement disparu. Le vent souffle par bourrasques. Sur la droite de la route, dans ce paysage désertique, apparaît alors soudainement la stèle qui rend hommage à Tom Simpson, cycliste britannique qui laissa son vélo et sa vie à quelques mètres du sommet, lors du Tour de France 1967, est là pour le rappeler.

Une stèle où les cyclistes rendent hommage au champion d’une manière bien à eux, laissant en offrande leur bidon ou leur barre de céréales au pied de celle-ci. Est-ce aussi une tradition que de voler ces mêmes barres de céréales ? J’avoue que l’attitude de ce cycliste, qui s’est donc gentiment servi au pied de l’édifice, m’a choquée (en vrai !). J’espère au moins que ces quelques calories lui ont permis, à lui aussi, d’atteindre le sommet de ce satané Ventoux, et de lancer le « yes » de satisfaction, de rigueur dans ces cas-là. Nous aussi on l’a fait. En voiture, ok, mais promis, je reviendrai en vélo. Ou pas.